performancesrecherche
Menu
Dossier 01

Évaluer la recherche sans la réduire à un classement

Un nombre de citations peut ouvrir une discussion. Il ne peut pas la terminer. Pour examiner un projet, une équipe ou un parcours, il faut d’abord préciser ce que l’on cherche à reconnaître — et réunir des preuves adaptées.

Commencer par la décision

Choisir un projet à financer, recruter une personne et comprendre l’apport d’un laboratoire sont trois exercices différents. Le premier porte notamment sur une question encore ouverte et la capacité à l’explorer. Le deuxième examine une contribution personnelle dans un travail collectif. Le troisième peut concerner des infrastructures, des formations ou une continuité scientifique sur plusieurs années. Une même liste de publications ne répond pas à ces trois questions.

Avant de regarder les chiffres, écrivons une phrase : « Nous voulons déterminer si… ». Ajoutons ensuite la période, le périmètre et les critères. Cette préparation évite de transformer, après coup, l’indicateur le plus accessible en définition de la réussite. Elle rend aussi les désaccords plus précis : porte-t-on un jugement différent sur les faits, ou accorde-t-on une importance différente aux critères ?

Revenir aux travaux eux-mêmes

La déclaration DORA invite à évaluer le contenu scientifique plutôt qu’à utiliser le prestige d’une revue comme substitut à la qualité d’un article. Elle élargit également l’attention aux productions telles que les données et les logiciels. Il s’agit d’un principe d’évaluation, pas d’un certificat qui permettrait de déclarer un travail excellent.

Une lecture ciblée peut commencer par deux ou trois réalisations. Quelle difficulté chacune abordait-elle ? Quelle contribution nouvelle propose-t-elle ? Les méthodes permettent-elles d’étayer la conclusion ? Que peut reprendre une autre équipe ? Un résultat négatif bien documenté peut répondre solidement à une question ; un résultat spectaculaire peut reposer sur une comparaison fragile. Le jugement demande d’examiner ce qui a été fait, pas seulement la façon dont cela a circulé.

Trois usages raisonnables d’un indicateur

QuestionCe que le chiffre peut aider à voirCe qu’il faut encore vérifier
Le travail circule-t-il ?Citations, consultations ou téléchargementsQui s’en sert, pour quel usage, et dans quelle période
L’équipe produit-elle des ressources ?Articles, corpus, logiciels, jeux de donnéesQualité, documentation, maintenance et contribution réelle
Un changement apparaît-il ?Évolution d’une activité dans le tempsModification de périmètre, de financement ou de couverture des données

La comparaison n’a de sens que si son contexte est explicite. Une petite discipline, une publication en français et un logiciel récemment diffusé n’ont pas nécessairement les mêmes trajectoires de visibilité. Une donnée manquante reste une donnée manquante : elle ne devrait pas devenir automatiquement une note de zéro.

Construire un dossier bref mais vérifiable

Le format de CV du FNS donne une place aux principales prestations, illustrées par une sélection de travaux. Cette approche fournit une piste utile pour d’autres situations, sans remplacer les consignes propres à chaque institution.

  1. Nommer la contribution. Expliquer le problème traité et ce qui a changé dans sa compréhension.
  2. Joindre une preuve consultable. Une publication, un dépôt, un protocole ou une ressource documentée permet au lecteur de vérifier l’affirmation.
  3. Décrire son rôle. Préciser la conception, les analyses, le terrain, la maintenance ou la coordination réellement effectués.
  4. Indiquer les limites. Identifier ce qui demeure incertain et les conditions dans lesquelles le travail est réutilisable.

Ce dossier n’est pas un concours de récit. Une formulation élégante n’améliore pas une méthode insuffisante. Chaque affirmation importante doit pouvoir être reliée à un élément concret.

Rendre la décision explicable

Imaginons deux équipes, dans un exemple volontairement simplifié. L’une publie beaucoup de résultats courts ; l’autre entretient un corpus difficile à constituer, utilisé par plusieurs projets. Les classer uniquement par nombre d’articles répondrait à la question « qui publie le plus ? ». Cela ne répondrait pas à « quelle contribution sert le mieux notre objectif ? ».

Une note de décision utile distingue les points établis, les incertitudes et les arbitrages. Elle peut retenir une réalisation méthodologique remarquable tout en signalant un manque de données sur sa réutilisation. Elle peut reconnaître un travail collectif sans attribuer tous ses effets à une seule personne. Le FNS publie de son côté une description de sa procédure d’évaluation : expliciter le processus compte autant que publier les critères.

Avant de conclure, posons une dernière question : si l’on retirait les noms des revues et les totaux du dossier, pourrait-on encore expliquer le jugement ? Si la réponse est non, il manque probablement une lecture des contributions.

Sources et prolongements

  1. DORA — Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche
  2. FNS — Votre curriculum vitae : tout savoir sur le format de CV
  3. FNS — Procédure d’évaluation